À propos

Cher conseil d’administration du Musée des beaux-arts de l’Ontario,

English version

Nous vous écrivons aujourd’hui pour exprimer notre vive préoccupation quant au congédiement de Wanda Nanibush à titre de commissaire d’art autochtone et canadien au Musée des beaux-arts de l’Ontario, et quant à la manière lamentable dont son départ a été traité. Partout au pays, les répercussions de ce geste sont ressenties par les organisations autochtones, les personnes autochtones impliquées dans les communautés artistiques et culturelles, ainsi que les autres institutions investies dans leur rôle d’alliées et dans la décolonisation. Vos décisions ont entraîné une déchirure profonde du fragile tissu de la réconciliation. Le manque de transparence entourant ces actions est extrêmement déstabilisant : nous restons dans le noir, forcé·e·s de nous demander sur quoi et sur qui s’abattra le prochain couperet. L’autocratie institutionnelle que vous invoquez pour faire taire madame Nanibush et pour effacer sa présence (sans parler de tout ce qu’elle a accompli avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario) nous glace le sang.

L’inclusion de matériel didactique en anishinaabemowin dans vos galeries était un geste simple, mais révolutionnaire – un geste que vous étiez parmi les premières institutions à poser. Ces mots et cette langue nous remplissaient de force et de fierté. Ils restaient en nous longtemps après chaque visite. La marge de manœuvre accordée à madame Nanibush pour donner vie à ses idées dans un tel espace était extraordinaire. Elle découlait d’une relation de confiance.

Dans ce contexte, le changement devenait possible non seulement au Musée des beaux-arts de l’Ontario, mais à l’échelle nationale. Une vague de changement se faisait sentir sur tous nos territoires, ouvrant la voie vers ce que nous appelons la décolonisation. Nos récits et nos voix, nos façons de dire et de faire étaient reconnus et honorés chez nous, sur nos terres, mais aussi à l’international. Ce processus passait par des moyens qui nous étaient familiers : relations, discours, communication. Si le poste occupé par Wanda Nanibush symbolisait un potentiel de changement et de bonne volonté de la part de l’institution et des gens qui y travaillaient, son congédiement est pour le moins troublant. Nous savons maintenant que cette relation était tributaire d’un déséquilibre des pouvoirs. Les liens tissés au fil des ans sont aujourd’hui en piteux état, et ce, en raison de vos actions.

L’un des principes fondateurs de la reconnaissance territoriale consiste à nommer les peuples de chaque territoire. Taire leurs noms reviendrait à les invisibiliser. Or, c’est exactement ce que vous avez fait à madame Nanibush. En la réduisant au silence, en effaçant sa présence au sein de votre institution, vous avez détruit toute illusion de la relation sur laquelle doit se fonder une alliance avec les communautés autochtones. Ce déplorable retour en arrière est extrêmement nocif non seulement pour la communauté artistique autochtone, mais pour les autres communautés artistiques racisées, y compris toutes les personnes, toutes les organisations et tous les réseaux touchés par ces événements. Nous sommes comme un système de rhizomes : enraciné·e·s dans nos territoires. Le tort causé à l’un·e d’entre nous nous affecte toustes. Vous avez trahi notre confiance.

Dans sa lettre ouverte du 30 novembre 2023, Stephen Jost, directeur du Musée des beaux-arts de l’Ontario, présume que la communauté artistique autochtone restera disposée à collaborer avec le Musée. Comme si les torts causés ne touchaient que madame Nanibush; comme si son congédiement ne nous bouleversait pas toustes. Monsieur Jost se trompe. Le Musée des beaux-arts de l’Ontario est une institution publique dont, grâce à Wanda, nous faisons partie. Le directeur parle d’un engagement continu envers les artistes, les conteurs, les conteuses, les penseurs et les penseuses autochtones. Pourtant, aucun plan n’a été mis en place pour honorer cet engagement. Pour continuer d’avancer ensemble sur cette voie, nous exigeons d’abord transparence et inclusion, confiance et respect.

En ce qui nous concerne, la première étape – évidente et primordiale – est de comprendre ce qui s’est produit et pourquoi.

Nous demandons au Musée des beaux-arts de l’Ontario de libérer madame Nanibush de toute obligation légale qui l’empêcherait de parler publiquement de son expérience au Musée et de son congédiement ou de donner sa version des faits. Pour éventuellement renouer nos liens, nous devons d’abord, et c’est essentiel, entendre ce que Wanda a à dire.

Laissez Wanda s’exprimer.

Nous espérons que vous reconnaîtrez l’importance de la relation qu’entretient le Musée des beaux-arts de l’Ontario avec la communauté artistique autochtone, et que vous prendrez immédiatement cette première mesure pour regagner la confiance que vous avez trahie en congédiant Wanda Nanibush.

Ne sommes-nous pas engagé·e·s sur une même voie? Nous avons partagé ces terres. Nous continuons de les partager. Nous devons absolument travailler ensemble. Nous sommes en relation les un·e·s avec les autres.

Nous vous demandons de répondre à notre demande d’ici le mercredi 31 janvier 2024.

Eli Hirtle, Directeur des programmes, Indigenous Curatorial Collective/Collectif des commissaires autochtones

Liz Barron, Directeur des opérations, Indigenous Curatorial Collective/Collectif des commissaires autochtones

France Trépanier, Directeur, Primary Colours/Couleurs primaires

Chris Creighton-Kelly, Directeur, Primary Colours/Couleurs primaires

Jennifer Smith, National Director, National Indigenous Media Arts Coalition  

Debbie Keeper, Operations Director, Urban Shaman Contemporary Aboriginal Art

Justin Bear Larivee, Artistic Director, Urban Shaman Contemporary Aboriginal Art

Becca Taylor, Director, Ociciwan Contemporary Art Centre

Halie Finney, Core member, Ociciwan Contemporary Art Centre

Cheyenne Rain LeGrande, Core member, Ociciwan Contemporary Art Centre

Alberta Rose W. / Ingniq, Core member, Ociciwan Contemporary Art Centre

Dan Cardinal McCartney, Core member, Ociciwan Contemporary Art Centre

Tiffany Shaw, Core member, Ociciwan Contemporary Art Centre

Accueil du nouveau personnel de l’ICCA

Eli Hirtle, direction des programmes de l’ICCA

« Exercer cette nouvelle fonction m’enthousiasme; je tiens à soutenir les pratiques commissariales qui incarnent et informent la souveraineté créatrice autochtone. Je suis ravi de travailler au sein d’un organisme qui a nourri et transformé ma pratique à mes débuts comme commissaire. Je compte établir des partenariats et des programmes garants d’un avenir prometteur pour ce travail important. »

Eli est un commissaire, artiste et cinéaste d’origines mixtes nêhiyaw (crie) et européenne et vit en territoire Lekwungen (Victoria, Colombie-Britannique).

Cole Forrest, coordination du programme Community Cares

En partenariat avec le Conseil des Arts du Canada et la subvention Créer, connaître et partager

« En tant que commissaire autochtone émergent·e, je tiens à dire chi-miigwetch pour cette occasion de soutenir, grâce à mon poste à l’ICCA, les artistes, les commissaires et les professionnel·le·s des arts autochtones. »

Cole est un·e cinéaste, programmateur·trice de films et commissaire anishinaabe de la Première Nation de Nipissing. Cole a créé des films avec imagineNATIVE, l’Office national du film et le Conseil des Arts du Canada. Iel a également participé à la programmation de nombreux festivals, dont le TIFF, imagineNATIVE, le VIFF, et le Images Festival. Diplômé·e du programme de design et de production vidéo du, Cole travaille actuellement sur son premier long métrage. Iel souhaite avoir l’occasion de représenter sa communauté dans tous ses projets artistiques.

Nous avons déménagé

Un gros merci au Toronto Outdoor Arts Festival pour leur aide et leur soutien; nous avons échangé de bureaux afin de mieux répondre aux besoins de l’organisme. Voici notre nouvelle adresse :

264 – 401 Richmond Street West

Toronto (Ontario)  M5V 3A8

Crédit image :  De tabac et de foin d’odeur. Là où sont nos rêves, Musée d’art de Joliette, 2019. Photo : Romain Guilbault.